MICHEL LAFORCADE

    Directeur   

ARS NOUVELLE AQUTAINE

BRIQUES  un bulletin dédié à la qualité des pratiques et à la gestion des risques

https://www.nouvelle-aquitaine.ars.sante.fr/briques-un-bulletin-dedie-la-qualite-des-pratiques-et-la-gestion-des-risques.

 

GUIDE DE LA VUE PROFESSION ORTHOPTISTE

DEFINITION 

Selon le dictionnaire Larousse, ORTHOPTIE vient du grec : ORTHOS : droit et OPTIKOS : qui concerne la vue.

 Historiquement, c’est en 1929 en Angleterre que la première école et le premier service d’orthoptie ont été créés par Mary MADDOX. Cette « Ecole d’entrainement orthoptique MADDOX » répond aux besoins de rééducation des strabiques et suscite l’intérêt des ophtalmologistes  …

 Il faudra attendre 1938 pour que la pratique de l’orthoptie se développe en France.

 

L’orthoptie consiste en des actes d’exploration, de rééducation et de réadaptation de la vision utilisant éventuellement des appareils et destinés à traiter les anomalies fonctionnelles de la vision. C’est une discipline paramédicale exercée par un auxiliaire médical, l’Orthoptiste.

C’est une profession très féminisée comptant 92% de femme et 8% d’homme.

  

REGLEMENTATION DE LA PROFESSION :

 L’exercice professionnel des orthoptistes est réglementé par le Code de la Santé Publique.

Comme pour tout auxiliaire médical, les actes orthoptiques ne peuvent être effectués que sur prescription médicale indiquant la nature de l’examen demandé. Les actes de rééducation et de réadaptation orthoptique commenceront toujours par un bilan orthoptique qui devra être prescrit par le médecin.

 « Sur prescription médicale, l’orthoptiste établit un bilan qui comprend le diagnostic orthoptique, l’objectif et le plan de soins. Ce bilan accompagné du choix des actes et des techniques appropriées est communiqué au médecin prescripteur. Art R 4342-2 Décret de compétence des orthoptistes N° 2007-1671 du 27/11/2007 »

 

Les orthoptistes placés sous le régime de la Convention établie avec les caisses d’Assurance Maladie ont l’obligation de respecter la réglementation et les tarifs conventionnels.

Dans la nomenclature des actes professionnels, les actes orthoptiques sont cotés exclusivement avec la lettre-clé AMY et l’orthoptiste établit les documents nécessaires à la prise en charge par l’Assurance Maladie.

Le médecin est responsable de la prescription et l’orthoptiste de son exécution.

   

SA MISSION

 La mission de l’orthoptiste est d’assurer le dépistage, la rééducation, la réadaptation et l’exploration fonctionnelle des troubles de la vision.

L’orthoptiste assure, sur prescription médicale, les bilans orthoptiques et les séances de rééducation orthoptiques à tous les âges de la vie, du nourrisson à la personne âgée.

Ils participent aux actions de dépistage.  

 

Dans le système de santé français, l’orthoptiste est l’auxiliaire médical, rééducateur des anomalies fonctionnelles de la vision sensibilisé à l’optique, formé à la physiologie, la pathologie, la thérapeutique et l’exploration de la fonction visuelle.

 Par ses conseils et ses informations, il contribue à la prévention et à l’éducation sanitaire des patients.

 

 C’est un professionnel abordable et ses explications sont écoutées. Pour exemple, elles concernent: 

  • Le retentissement du déficit sur la vision fonctionnelle
  • L’aménagement du poste de travail,
  • L’éclairage,
  • La distance de fixation adaptée à la tâche : lecture, écran, télé,
  • Les systèmes optiques : monture, verres, prismes, choix du grossissement pour les aides optiques et présentation des systèmes  …
  • La bonne observance des traitements : glaucome, diabète…
  • L’auto surveillance : diplopie physiologique, grille d’AMSLER …

 

En cas de malvoyance, après une rééducation spécifique de la fonction visuelle, il met en œuvre un entraînement approprié pour une bonne utilisation des aides optiques.

 

Son interlocuteur privilégié est l’ophtalmologiste mais il travaille avec tous les médecins (médecins du travail, médecins scolaires, médecins généralistes,  pédiatres, médecins physiques, urologues, neurologues, gériatres…)

 

Il coopère avec tous les professionnels de santé, de la rééducation, de la réadaptation et bien évidemment avec tout médecin prescripteur du bilan orthoptique et/ou d’un examen complémentaire.

 

Les opticiens qui se chargent de l’équipement optique sont de précieux partenaires.

 

D’autre part, l’orthoptiste est en relation avec le corps enseignant, (professeurs des écoles, enseignants référents…) et les établissements spécialisées (éducateurs spécialisés, soignants …).

 

OU LE RENCONTRER ?

 Si la majorité des orthoptistes exerce en libéral, réponse de proximité appréciée,  ils peuvent être également salariés à temps plus ou moins complet dans les hôpitaux, les cliniques privées, les cabinets médicaux, les dispensaires, les centres de soins, les réseaux de santé. Certains ont des activités mixtes.

 

Acteurs de projets thérapeutiques élaborés au sein des établissements spécialisés pour personnes handicapées (CAMPS, centres de soins..), l’orthoptiste, quel que soit son mode d’installation, se rend aussi au domicile du patient, dans les crèches, les haltes-garderies, les écoles, les maisons de retraite. Pour l’orthoptiste libéral, la prescription doit être rédigée dans ce sens, l’intervention au domicile notifiée !

 

 

DEMOGRAPHIE

 On peut compter en France métropolitaine, départements et territoires d’Outre-mer environ 1850 orthoptistes libéraux (Source CARPIMKO  décembre 2008).

 

La répartition des orthoptistes sur le territoire français présente quelques hétérogénéités, avec des concentrations plus importantes dans les grandes villes (Paris, Lyon, Bordeaux, Marseille, Toulouse).

 

Le nombre total de professionnels reste difficile à chiffrer car il n’existe pas de moyen précis pour répertorier de façon fiable les orthoptistes travaillant en exercice salarié.

  

SA COMPETENCE (Décret n° 2007-1671 du 27 novembre 2007

  Les orthoptistes sont habilités:

  •  seuls, à effectuer les séances de rééducation des personnes atteintes de strabisme, d’hétérophories, de déséquilibre binoculaire, d’amblyopie fonctionnelle
  • en outre à effectuer les actes de rééducation de la vision fonctionnelle chez les personnes atteintes de déficience visuelle d’origine organique ou fonctionnelle
  •  à déterminer l’acuité visuelle et la réfraction, les médicaments nécessaires à l’acte sont prescrits par le médecin 
  •  à participer aux actions de dépistage organisées sous la responsabilité d’un médecin
  • sur prescription médicale, à effectuer les actes professionnels suivants : 
    • La périmétrie,
    • La campimétrie,
    • Etude de la sensibilité aux contrastes et de la vision nocturne
    • L’exploration du sens chromatique,
    • L’établissement de la courbe d’adaptation à l’obscurité.
    • Rétinographie non mydriatique
    • Electrophysiologie oculaire
  • à participer, sous la responsabilité d’un médecin en mesure d’en contrôler l’exécution et d’intervenir immédiatement, les examens d’explorations fonctionnelles suivants :
    • La rétinographie mydriatique
    • L’électrophysiologie oculaire
  • à participer, sous la responsabilité d’un médecin ophtalmologiste en mesure d’en contrôler l’exécution et d’intervenir immédiatement, les examens d’explorations fonctionnelles suivants :
    • La pachymétrie sans contact
    • La tonométrie non contact
    • La tomographie par cohérence optique (OCT)
    • La topographie cornéenne
    • L’angiographie rétinienne à l’exception de l’injection qui doit être effectuée par un professionnel de santé habilité
    • La biométrie oculaire préopératoire
    • La pose de lentilles 

 

Répartition des actes de rééducation selon les âges de la vie

 

 

STRABISMES

DESEQUILIBRE

BINOCULAIRE

BASSE VISION

DEFICITS

NEUROVISUELS

Bébé

 xxx

 x

 xx

 x

Enfant

 xx

 xx

 xx

 xx

Adolescent

 xx

 xxx

 x

 x

Adulte

 x

 xxx

 x

 x

Personne

Agée

 x

 x

 xxx

 x

Personne

handicapée

 xxx

 x

 xxx

 xxx

 

TRES FREQUENT xxx

FREQUENT

xx

OCCASIONNEL

x

 

 

 

 

 

 

 

   

COMMENT DEVENIR ORTHOPTISTE ?

 La formation des orthoptistes est universitaire,  le programme des études est défini par décret (Arrêté du 16 décembre 1966 - Education nationale, Affaires sociales).

 La durée des études est de  trois ans suite à un concours d’entrée qui se passe début septembre, le même jour dans les 15 lieux de formation initiale. Chaque lieu de formation a ses propres modalités et dates limites d’inscription.

 

Pour accéder au concours, les candidats doivent justifier du baccalauréat de l’enseignement secondaire ou d’un titre équivalent. Dans certaines U.F.R., une préinscription est obligatoire, l’inscription définitive n’étant autorisée qu’après un entretien du candidat avec les responsables de la formation.

 

Aucune dispense de scolarité n’est accordée (diplôme d’infirmière, d’opticien, visiteur médical, licences…), il n’y a pas de limite d’âge mais chacun doit passer l’examen d’entrée.

 

L’obtention du diplôme « Certificat de capacité d’orthoptiste » donne droit à la libre installation et aux différents modes d’exercices précités, et à l’accès de plein droit en licences de sciences sanitaires et sociales et en licence de sciences de l’éducation.

 

La filière de formation des orthoptistes entre dans la réforme des diplômes de l’enseignement supérieur L, M, D (Licence, Master, Doctorat). Les programmes de formation sont en cours d’élaboration.

 

 

LIEUX DE FORMATION 

 Amiens, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Lille, Lyon, Marseille, Montpellier, Nancy, Nantes, Paris (2), Rennes, Strasbourg, Toulouse, Tours.

 

ORTHOPTIE ET DEFICIENCE VISUELLE

 Si les troubles de la vision binoculaire, les strabismes, les amblyopies sont pris en charge par les orthoptistes depuis plusieurs dizaines d’années, il faut attendre 1988 pour que « l’entraînement visuel du patient malvoyant » soit inscrit dans le décret de compétences des orthoptistes (1988, 2001,)

 

Actuellement, les orthoptistes sont « seuls habilités à effectuer les actes de rééducation de la vision fonctionnelle chez les personnes atteintes de déficience visuelle d’origine organique ou fonctionnelle. » ART3.2/7/01.

Toutefois, certains ne dispensent pas ce type de prise en charge (choix personnels, implantations…).


HISTORIQUE :

 L’entraînement visuel du patient malvoyant s’inscrit dans l’évolution de la prise en considération de la personne handicapée et de la malvoyance distinguée de la cécité à l’instigation du Docteur DELTHIL dès 1930.

De longue date, l’éducation d’une fonction déficiente à visée compensatrice ou adaptative est admise avec le concept de rééducation.        

Pourtant, proposer « un entraînement visuel » à un patient malvoyant, est resté longtemps inconcevable et le reste encore pour certains, notamment quand il s’agit de personnes âgées.

Dans la même logique, les textes définissant les structures médico-sociales chargées de l’éducation des enfants déficients sensoriels auditifs et visuels avaient prévu l’entraînement SENSORIEL et le personnel compétent pour le faire: Orthophonistes chez les sourds, Orthoptistes chez les amblyopes bilatéraux.

Les orthoptistes ont ainsi été poussés à rechercher les stimulations de la dynamique oculaire indispensables à l’utilisation des aides optiques et les sollicitations nécessaires à l’élaboration de stratégies de suppléance qui permettrait de compenser et de s’adapter au mieux aux activités de la vie avec sa déficience visuelle.

Les travaux de SEDAN, THOMAS, BANGERTER, CUPPERS dans l’amblyopie strabique les y ont aidés.

 

C’est donc, à l’origine, la proposition d’un entraînement visuel à des enfants contraints de se construire avec une déficience visuelle définitive, qui a permis de mettre en place l’entraînement réadaptatif de l’adulte et de la personne âgée.

  

  • DES NORMES A RESPECTER :

 La nomenclature actuelle des actes orthoptiques concernant la personne malvoyante s’appuie sur la classification internationale de l’0MS et habilite les orthoptistes à prendre en charge les patients des catégories I à IV : « acuité visuelle corrigée comprise en 3/10e et 1/50e et/ou un champ visuel inférieur à 20°".

Les actes sont définis comme étant des actes orthoptiques « basse vision »

La classification de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) classe les déficiences visuelles selon l'acuité visuelle et le champ visuel et définit cinq catégories de déficiences visuelles numérotées de I à V :

 

>  Les catégories I et II correspondent à la malvoyance.

>  Les catégories III, IV et V correspondent à la cécité. 


  • PRISE EN CHARGE ORTHOPTIQUE « BASSE VISION » ET DEFICITS : 

La prise en charge orthoptique « basse vision » est proposée aux patients porteurs de maladies de la fonction visuelle entraînant un syndrome de malvoyance.

 

Elle est adaptée à la forme clinique, classiquement 3 formes sont distinguées: 

>  Les patients avec atteinte centrale dont la forme classique est la DMLA. La rééducation porte essentiellement sur la vision fonctionnelle: apprentissages de stratégies motrices, oculomotrices de type excentration du regard, préparation et formation aux aides optiques.

 Les patients avec atteinte de la vision périphérique avec l’exemple classique de la rétinite pigmentaire. La rééducation porte sur les stratégies oculomotrices et oculocéphaliques de balayage et d’exploration de l’ergorama

>  Les patients avec atteinte mixte avec comme exemple les glaucomes graves, où la rééducation doit prendre en compte plusieurs facteurs et nécessite  l’apprentissage de toutes les stratégies adaptées.

> Mais il ne s’agit pas de négliger Les patients présentant un trouble des milieux(Fortes amétropies, cataractes congénitales…) et ceux  présentant des mouvements oculaires anormaux (nystagmus)

 

 Elle est adaptée au degré de malvoyance qui selon l’intensité de la déficience, peut être modéré, sévère.

 

 Elle est adaptée au patientses besoins, ses capacités physiques, son âge, son cadre de vie, ses motivations:

Chez l’enfantil s’agit de l’aider à se construire avec une déficience visuelle définitive et parfois évolutive. Il est nécessaire de rappeler que 80% des informations reçues du monde extérieur ont une entrée visuelle.

 > Chez l’adulte et la personne âgée, la finalité est :

De permettre à la fonction visuelle d’assumer autant que possible son rôle de support pour la communication, la saisie de l’information l’organisation du geste, l’équilibre et les déplacements.

D’atténuer le handicap visuel,

De sauvegarder l’autonomie

De préserver l’emploi

De favoriser le maintien au domicile 

De participer à la prévention des maladies ou des troubles susceptibles d’entraîner des désordres d’autres fonctions (troubles de la marche, de l’équilibre, état dépressif, état confusionnel).

 

Chez la personne âgée, il est nécessaire de prendre en compte qu’il s’agit d’une déficience visuelle acquise et souvent évolutive qui s’ajoute aux conséquences du vieillissement et des poly-pathologies qui l’accompagnent.

Le syndrome de malvoyance majore les risques inhérents à l’âge que sont les chutes, les dépressions, les démences, les troubles mnésiques.

 Elle est adaptée à l’évolutivité de la pathologie qui peut motiver un ajustement de la prise en charge

  

  • LES ACTES ORTHOPTIQUES 

 LE BILAN ORTHOPTIQUE « BASSE VISION » 

Le bilan « évaluatif » : son protocole est déterminé selon le déficit.

 Il s’agit :

  •  d’analyser les plaintes, les besoins et les attentes du patient,
  • d’évaluer les différents paramètres de la fonction visuelle,
  • de mettre en évidence les capacités et les incapacités et d’analyser leurs retentissements sur la vision fonctionnelle,

 

 Il favorise l’orientation du patient vers une prise en charge appropriée :

  • Rééducation orthoptique basse vision par un orthoptiste de proximité,
  • Rééducation pluridisciplinaire dans un centre spécialisé pour déficients visuels,

 

 Il aide le patient à mieux comprendre son déficit, ses capacités visuelles et leurs limites, le retentissement de cette affection sur son quotidien.

Il débouche ou non sur un projet de rééducation orthoptique «basse vision»

Il favorise l’information du patient sur les aides et les structures existantes (aides optiques, livres en caractères agrandis, bibliothèques sonores, associations, autres rééducateurs)

Il peut s’inscrire dans le cadre d’une action de prévention et d’éducation thérapeutique  

Il constitue une base de données sur les conditions d’accessibilité visuelle de chacun, indispensable à tous les acteurs de la prise en charge de la personne âgée malvoyante.

 

Les bilans de contrôle 

 Ils sont indispensables pour s’assurer du maintien des acquis, mais aussi en cas d’évolution de la pathologie.

Ils favorisent une orientation plus adaptée en cas d’aggravation de la malvoyance.

 

 LA REEDUCATION ORTHOPTIQUE « BASSE VISION »

 

Il s’agit d’une rééducation, processus entendu au sens de l’éducation visuelle déficiente qui permet d’optimiser les capacités visuelles avec ou sans aide optique sans améliorer la vision. 

Cette réadaptation s’adresse à des patients ayant un potentiel visuel susceptible d’être évalué ou optimisé.

Un projet réaliste est élaboré avec le patient en fonction de sa pathologie, de ses besoins, de sa disponibilité, de sa fatigabilité, son adhésion est indispensable.

 

Par des exercices appropriés, expliqués, commentés à toutes distances et dans différents plans, avec et sans aides-optiques, ils permettent au patient:

  • de mieux comprendre sa déficience et ses conséquences,
  • de mieux utiliser son potentiel visuel, par compensation fonctionnelle
  • de prendre conscience de ses limites,
  • d’élaborer des stratégies,
  • de favoriser l’adaptation et l’utilisation aux aides optiques,
  • de permettre à l’entourage de prendre conscience du handicap visuel:

La présence de l’aidant naturel (conjoint, enfant, auxiliaire de vie) est souvent souhaitée par la personne déficiente visuelle. Elle espère ainsi être mieux comprise dans les difficultés qui sont consécutives à son déficit visuel.

 

  Les actes d’enregistrements :

Les actes d’enregistrements (périmétrie, campimétrie, exploration de la courbe d’adaptation à l’obscurité, exploration du sens chromatique…) sont assurés par les orthoptistes sur prescription médicale et sont interprétés par le médecin. Ils concourent à orienter le diagnostic médical et fonctionnel

 

  • ORTHOPTIE ET AIDES TECHNIQUES

 Le recours aux aides techniques, qu’elles soient optiques ou non, est en règle générale incontournable chez la grande majorité des personnes présentant une déficience visuelle.

 

Mais l’enquête HID (Handicap, Invalidité, Dépendance), publiée en 2005,  nous révèle que seul 13% des DV utilisent des aides visuelles (Systèmes optiques, télé agrandisseurs). Les freins potentiels évoqués à leur utilisation sont nombreux : 

  • Le cout des aides optiques
  • Le faible remboursement des caisses
  • La méconnaissance des produits
  • L’absence d’apprentissage qui rend l’utilisation difficile et peut même entrainer l’achat d’un matériel non adapté.

 

Si la prescription des aides optiques est de la compétence de l’ophtalmologiste, si les opticiens spécialisés, après avoir déterminé les besoins du client préconisent l’(les) aide(s) technique(s) les mieux adaptées (loupes, agrandisseurs), en facilitent les essais, les délivrent, et apportent les conseils pour une utilisation optimale et assurent le service après-vente, l’orthoptiste a un rôle essentiel dans l’appropriation, l’apprentissage et la transposition!

 

   ROLE DE L’ORTHOPTISTE : 

  • Favoriser la bonne utilisation des aides optiques, c’est pour l’orthoptiste:
    • savoir informer le patient sur les aides existantes et la nécessité d’une personnalisation par rapport à sa situation visuelle,
    • le préparer aux exigences et aux limites des systèmes grossissants et à l’évaluation pratiquée par l’opticien spécialisé en Basse Vision

 

  • Assurer son rôle « conseil », c’est :
    •  insister sur l’importance de l’éclairage et de l’intérêt trop souvent décrié de la correction optique par des mises en situation,  
  • Travailler en collaboration étroite avec les différents intervenants de la prise en charge globale de la personne déficiente visuelle : l’instructeur de locomotion, le rééducateur en activité de la vie journalière, le formateur en informatique adaptée pour les cas sévères et l’opticien spécialisé, « technicien de l’optique », pour trouver le ou les équipements les mieux adaptés (adaptés aux patients mais également à l’utilisation qu’il veut en faire)

 

 

DES ELEMENTS A PRENDRE EN COMPTE PAR L’ORTHOPTISTE :

Si nous pouvons constater que le choix en aides optiques est vaste, chacun de ces systèmes a ses propres limites et génère des contraintes d’utilisation à faire comprendre et respecter:

  • une bonne installation,
  • la connaissance et le respect de la distance de mise au point pour une efficacité optimale,
  • une gestion du champ réduit,
  • des stratégies de repérage et de retour à la ligne,
  • des contraintes posturales,
  • l’obligation d’une lecture syllabique et analytique et une grande souplesse mentale 

 

Mais il faut admettre que leur utilisation engendre des efforts permanents, une grande énergie, une fatigue certaine et qu’un apprentissage se révèle indispensable.

 

L’orthoptiste lors de sa prise en charge peut non seulement aider le patient à trouver l’aide la plus adaptée à ses besoins et à son degré de malvoyance mais s’efforce d’en favoriser une bonne utilisation par des exercices adaptés pour une bonne appropriation espérant ainsi favoriser la transposition dans son quotidien.

 

Avant d’aborder les aides optiques, l’orthoptiste se doit de bien veiller à ce que la personne déficiente visuelle soit prête à accepter de se servir d’un outil particulièrement  « contraignant ».

Ce qui suppose de s’être assuré :

  • que la situation de malvoyance est comprise et admise et qu’il est donc évident de devoir se tourner vers ces aides.       

Il devra également prendre en compte le niveau de stabilité de l’affection sans laisser pour autant la personne malvoyante dépourvue si le besoin en aide optique est formulé, mais il faudra alors se montrer très pondéré dans les choix possibles.

 

 

DES ETAPES « ORTHOPTIQUES »

 

«  Phase 1 » La mise en place des acquis préalables

Ils sont incontournables :

  • une bonne compréhension de la situation fonctionnelle  
  • une capacité de fixation soutenue endurante et efficace tant sur le plan statique que dynamique,
  • la mise en place du relais vision spontanée/vision aidée,
  • une maîtrise automatique du retour à la ligne,
  • une capacité de repérage et d’exploration,
  • la vérification de l’emmétropisation pour la détermination du grossissement utile

Pour cela, des exercices plus ou moins spécifiques sont effectués et durant les séances, les échanges et les commentaires contribuent à atteindre le stade « d’adaptation ».

 

«  Phase 2 » La présentation des aides optiques

 

Il s’agit        

  • d’inciter à réfléchir si le système correspond bien aux attentes et aux besoins et s’il est envisageable de l’intégrer dans sa vie personnelle,
  • de montrer l’intérêt de posséder 1 ou plusieurs systèmes selon les activités,
  • de rassurer en montrant que les systèmes sont évolutifs selon le degré de l’affection.        
  • d’insister sur les compétences des professionnels de la basse vision pour déterminer le système « personnalisé »
  • de poser les limites des achats « coups de cœur » décevants 

Cette étape est un préliminaire incontestable pour préparer à l’intervention de l’opticien « basse vision », partenaire privilégié de l’orthoptiste, qui permet de mieux situer ce professionnel dans sa spécificité de technicien de l’optique lors de la présentation de plusieurs systèmes. Son statut de commerçant  amenant une certaine méfiance qui peut concourir parfois à discréditer sa démarche d’évaluation globale.

 

« Phase 3 » Le temps de l’appropriation et de la transposition

 

C’est bien sur une phase capitale de la rééducation orthoptique. Elle fait suite à l’évaluation de l’opticien spécialisé en basse vision à qui l’orthoptiste aura fourni tous les renseignements qui pourraient lui être utiles pour satisfaire au mieux le patient.

 

Il est primordial que cette phase d’appropriation se passe avant l’acquisition, durant la période de « prêt » pour s’assurer du service rendu par une utilisation mieux maîtrisée.

Mais dans certaines situations, il peut être réalisé avec le matériel déjà acquis, mais pour certains ayant déjà beaucoup investis dans des achats, il s’agit véritablement de faire un point sur les bénéfices rendus ou non par les aides possédées.

Une ou plusieurs séances sont parfois nécessaires et il est intéressant de reprendre en plus des exercices précédemment décrits avec les ou les aides optiques préconisées ou possédées, des mises en situation sur des documents variés (calligraphies, documents administratifs …), d’insister sur la bonne installation qui évitera une fatigue physique excessive.

 

 A l’issue de ce travail, l’orthoptiste se doit de s’assurer de l’utilisation de l’aide optique dans la vie quotidienne de la personne et d’apporter les précisions et les ajustements utiles à une bonne intégration. Si la transposition ne paraît pas évidente, des séances complémentaires pourront alors être envisagées. 

 

Certains auteurs, notamment  les publications de MALTHIEU et coll.*et de COHEN ET Coll* ont montré que la satisfaction des usagers étaient nettement plus élevée chez les patients ayant bénéficié d’une rééducation orthoptique par rapport à ceux qui n’avaient pas été rééduqués.

 

  • LIMITES DE LA REEDUCATION

Comme toute réadaptation, la rééducation orthoptique basse vision a ses limites et son objectif doit être clairement exprimé : il ne s’agit pas d’améliorer l’acuité visuelle, le champ visuel mais de mieux utiliser les possibilités visuelles,c’est apprendre à voir autrement.

 

 Malheureusement certaines personnes ne peuvent pas bénéficier d’une prise en charge orthoptique :

  • Eloignement géographique
  • Pénurie de professionnels orthoptistes
  • Manque de visibilité de la pratique orthoptique
  • Concept de rééducation basse vision peu connu du grand public
  • Personnes se situant hors des normes autorisées par la nomenclature générale des actes : acuité visuelle corrigée comprise en 3/10e et 1/50 et/ou un champ visuel inférieur à 20°.

 

D’autres ne sont pas prêtes à s’investir ou sont résignées !

  • Patient non motivé ou trop affaibli par des pathologies multiples: la rééducation orthoptique basse vision demande des efforts, du travail et l’acceptation d’apprendre « à faire autrement ». Certaines personnes ne voudront ou ne pourront pas investir ce type de rééducation
  • Absence d’annonce du handicap ou de la maladie
  • Espoir en la thérapeutique ou renoncement global
  • Contexte personnel douloureux
  • Statut social à préserver

 

 SUR UN PLAN ADMINISTRATIF 

Le bilan orthoptique est remboursé par les caisses d’assurance maladie dès lors que l’orthoptiste est conventionné (ce qui est le cas de nombreux orthoptistes) et que le bilan a été prescrit par un médecin.  

 

Les séances de rééducation sont soumises à entente préalable et remboursées également par les caisses d’assurance maladie

 

Les bilans orthoptiques « basse vision » durent une heure.

Les séances de rééducation « basse vision » durent 30 minutes 0 à 3 ans, 40 minutes avant l’âge de 16 ans révolus et durent une heure chez l’adulte  

 

Le nombre de séances est variable selon le degré d’atteinte

 

La rééducation peut être dispensée au cabinet de l’orthoptiste, à l’hôpital ou dans des centres de réadaptation ou sur le lieu de vie de la personne si la prescription le précise

 

Durant cette prise en charge, l’orthoptiste reste en relation avec tous les acteurs concernés (médecins, opticien, rééducateurs).

 

Un compte-rendu est adressé au prescripteur à l’issue du bilan et à chaque fois que cela s’avère nécessaire et à l’issue du traitement

 

L’orthoptiste est un des principaux acteurs de la prise en charge rééducative de la personne malvoyante qui ne peut s’inscrire que dans une prise en charge pluridisciplinaire. Par ses conseils, il aide la personne à mieux s’adapter à l’environnement.

 

L’orthoptiste libéral, «réponse de proximité», par sa disponibilité, ses soins (domicile, cabinet) permet une prise en charge rapide, accessible à moindre coût, remboursée par l’assurance maladie et les mutuelles complémentaires.

 

Orthoptiste et patient ne devront jamais oublier que la prise en charge orthoptique n’amènera pas la guérison, ne permettra pas la récupération d’une fonction visuelle « normale » mais elle permettra l’adaptation à une fonction visuelle déficiente.

 

  • Favoriser la compréhension de l’entourage : une déficience visuelle qui ne se conçoit pas, qui ne se voit pas mais pourtant il voit toujours  mal : la vision peut-être déformée, décolorée, partielle, décalée, parcellaire fluctuante, déboussolante, intolérable…
  • Limiter les incapacités pour préserver la meilleure autonomie possible et favoriser la qualité de vie dans le vécu du handicap, prévenir des risques inhérents à la malvoyance, diminuer la dépendance de la personne âgée :

 

  L’ORTHOPTIE !  PENSEZ-Y…